Quand on attrape le petit livre d'Adrien Le Bihan, on tient dans les mains un drôle d'ouvrage sous un titre surprenant. Dans la préface, Pierre Vidal-Naquet nous en dit plus sur ce titre: "En désignant par ce mot les inscriptions manuscrites sur le "livre d'or" d'Auschwitz, Adrien Le Bihan les disqualifie et il a raison. Les graffitis sont ceux écrits par les personnalités qui ont visité le sinistre camp et ont signé le "livre d'or" entre 1967 et 1996". Le premier intérêt de cette lecture est déja de savoir qu'il en existe un. Ainsi, visiteurs anonymes ou célébrités de tous horizons géographiques et professionnels laissent parfois quelques mots après leur visite de ce musée. Le second pousse à découvrir qui a signé et ce qu'il a voulu laisser. L'initiative de ce travail d'investigation découle de la préparation d'un voyage de Jacques Chirac en 1996. Diplomate en Pologne, Adrien Le Bihan s'est vu demander d'aller relever certaines de ces signatures avant la venue du président. Sa mission est devenue un livre dont l'intérêt n'est pas seulement historique. Il illustre d'une façon abrupte et parfois brutale l'attitude des grands de ce monde confrontés au choc d' Auschwitz. Il épingle les inscriptions de Giscard d'Estaing, Balladur, Mitterrand (dont il rappelle son amitié avec Bousquet, et son passé vichyste), Castro... Citant Primo Levi, Le Bihan rappelle que si l'on ne peut comprendre la haine nazie, la connaître est indispensable. Or cette connaissance est par essence un éveil de conscience. On remarque que certains termes n'apparaissent jamais: chambres à gaz, four crématoire, potence... Il termine son livre par une réflexion ouverte sur le fait que les vrais auteurs, les écrivains qui ont montré et non parlé, ceux qui trouvent ces mots passerelles vers nos sentiments, hors des champs d'opportunité, de contexte, ceux-là sont absents de ces graffitis.



